The Real Thing



Le 23 Septembre, 11h37.









Après cette longue semaine d’absence, il fallait revenir, et avec des choses à dire.
Nombreuses furent les aventures de vos deux chroniqueurs durant cette dizaine de jours.

Citons dans un premier temps la paupérisation à laquelle nous fûmes soumis suite à des défaillances bancaires de part et d’autre ce qui nous contraignit à survivre près de trois jours avec 22 couronnes (1€) en poche.
On est encore là.
Prêts à foutre le souk et tout le monde est corda.

On a rencontré notre banquière, Martina, gonzesse trop parfaite du bureau des « Foreign Customers », sa voix suave débitant un français tranquille.
« C’est ma langue » nous dit-elle.
T’inquiète chérie.
On ouvre deux comptes chacun, vides, en attendant d’avoir des thunes. En attendant, on se met à sec sur les comptes français tout en écartant les fesses pour accueillir les frais de retrait.
Tellement on lui a rendu visite, elle nous accueille désormais d’un « Salut », pareil dans ses emails.

L’évènement le plus important cela dit, là où on vous a laissé au dernier article, fut notre déménagement le 12 Septembre du Kolej Otava au Kolej Hostivar, antre des étudiants Erasmus.
On est arrivés avec une facture de 13000 couronnes à payer d’entrée.
On n’en avait que 5000.
Déjà c’est pas top.
On s’est dit qu’ils seraient aussi sympas qu’à Otava où on a pioncé deux nuits à l’œil en attendant de retirer des sous.
Etienne s’énerve à coups de « Don’t you understand ? We’re students; we don’t have a lot of money ».
Tar on est les seuls…

Du coup il retire des thunes avec la CB française et c’est reparti pour la vaseline et les frais de retrait.
On emménage, en rencontrant au passage trois françaises en 4è année de médecine qui seront nos seules voisines les premiers jours.
Petit à petit, l’étage se remplit. On accueille 2 français de plus, Goulven et Jennifer, le premier un inconditionnel du footing matinal et l’autre tout à fait adorable, portant notre nombre à 8 sur le même étage. Puis d’autres européens firent enfin leur apparition. 2 finlandais, Tiina la prof de 26 ans et Jaakko, le mec croisé espagnol ultra saucé pour tout faire et tout boire, 2 polonaises qu’on ne voit jamais, bruyantes mais pas très sociables, et Judith et Anne-May, 2 hollandaises de Maastricht (la blague quoi) avec qui on s’entend également à merveille.
Un soir, en rentrant, je fais la connaissance de 3 russes du bâtiment 1, Valerya, Nadya, et Anastasia. Après une longue conversation, on échange numéros de piaule et de téléphone en se souhaitant bonne nuit, et je leur fait la promesse de les prévenir en cas de sortie.

Ca nous a pas pris longtemps.
Le lendemain, avec Jaakko, on décide d’organiser une virée en boîte au Duplex, sur la Place Venceslas, en plein centre ville. Ca se chauffe à la Vodka Viking et la Staro dans la piaule avant de partir. On est 7 mais déjà 3 abandonnent. Il nous faut des renforts et l’on décide de taper dans l’immeuble des Russes. J’embarque Jaakko avec moi et l’on frappe aux portes. C’est la deuxième fois que je les vois et je suis bien pété, ça me donne du courage. Il est minuit, les filles sont en pyjama. Valerya, franche, m’avoue qu’elle ne nous connaît pas encore bien et qu’elle a un peu peur de sortir avec nous tard la nuit. L’alcool m’aide dans mon argumentation et les filles sont convaincues. 40 minutes plus tard deux d’entre elles nous rejoignent au 7è. Etienne pousse une Jennifer hésitante dans l’ascenseur et c’est tipar.
30 minutes de tram de nuit, 5 minutes de marche, et l’on arrive en terre promise. 3 mecs et 3 filles, ça passe comme dans du beurre. On prend l’ascenseur et monte dans la salle. Petit passage par l’énorme terrasse aménagée de la boîte qui donne une vue majestueuse de la Place Venceslas illuminée, puis on va danser. Gogo danseuses, écrans LCD, Light-Shows et gros son. C’est la soirée Dirty Dancing du Vendredi au Duplex, élue 2è meilleure soirée du pays.
Bonne soirée, mais sans plus à mon goût.
Valerya monte même sur le podium déserté par les danseuses ; autour d’elle, les téléphones portables se lèvent et la pointent.

Le soir de notre rencontre, Nadya m’avait dit qu’elle venait d’une ville côtière du Nord de la Russie. « Baltic Sea ? » je lui demande, en pensant à la ville portuaire du défunt Koursk. « No, Arctic » me répond-t-elle.
Dur.
Au retour de la boîte, Nadya me remercie chaleureusement et m’avoue à l’oreille qu’elle a passé la meilleure soirée de sa Vie.
Moment d’émotion, je réalise à quel point ce qui était banal pour certains pouvait être génial pour d’autres, habitués à la simplicité.
Elle retourna dans sa chambre avec Valerya, épuisées mais heureuses, convaincues qu’on était non seulement pas des mecs chelous, mais qu’elles remettraient ça avec nous une prochaine fois.

Les premiers diners dans le couloir se mirent également en place. Les caissons à tiroir des bureaux servent de table et les matelas de repose-cul. Notre passage à IKEA en début de semaine nous permet désormais d’avoir des ustensiles de cuisine respectables.
Du premier, à 5 participants, on passe vite à 13 en fin de semaine. Les 2 plaques électriques miteuses de la cuisine ne nous font plus peur et on cuisine pour mille, à l’arrache mais les palais apprécient. Certains préparent la salade tandis que d’autres épluchent les patates, d’autres encore préparent le poulet, coupent les champignons, la feta, etc... Tout le monde participe. Ca débouchonne du pinard de Moravie et d’Uruguay, ça décapsule de la binouze dans tous les sens. L’alcool monte et entraîne avec lui le volume sonore et la bonne humeur.

On a aussi eu droit à notre première embrouille de palier, avec nos premières voisines, les françaises, dont on avait taxé les codes de connexion internet sans les prévenir et qui du coup ne pouvaient plus y accéder. On a fait les cons, ça a pété, un peu trop d’ailleurs, mais on a fini par s’excuser, du mieux qu’on pouvait. On a même offert un cadeau à l’une des filles hier pour son anniversaire.

D’ailleurs c’est celui d’Etienne aujourd’hui. 21 ans.

Cette semaine est pour nous la dernière des vacances d’été. La prochaine, c’est la Orientation Week, bien encadrée, soit encore plus de sorties, plus de visites, plus de teuf, plus de potes à se faire.
En attendant on va continuer à user nos semelles dans les rues de Prague, qui est de plus en plus sublime, soit-il dit en passant.

Allez, na shledanou.

Nareg

En despi

Jeudi 11 Septembre 2008

L. de B. : E. 15,5 N. 18

Je reprends la plume le temps de quelques lignes. Il est 15h et le soleil tape fort dehors. La chaleur entre dans la pièce, mais le manque d’air est plus fatal encore, je décide donc de laisser ouvert. Etienne fait la sieste. Les mélodies dissonantes de Syd Matters me tirent vers le sommeil mais je choisis de lutter en vous écrivant une courte nouvelle.

Ce matin, je me réveillais vers 8 heures au son des frottements répétés d’un balai sur le sol. Un sexagénaire en bleu de travail balaie la route adjacente. 3 coups de balais, une pause de 3 minutes pour reprendre son souffle. Le soleil s’était levé et brillait déjà de plus belle, mais se reflétait mal sur la silhouette sculptée au décapsuleur. L’ironie voulut qu’il doive nettoyer les bouteilles cassées la veille par des jeunes de la résidence. 6 tas de tessons, 1 peau de banane, 2 canettes. 1h et quelques...
Un rapide coup d’œil à notre mur de bouteilles vides me convainc de changer de rythme de vie afin de ne pas me retrouver dans le même état.
Mais pas tout de suite.
Cette année, c’est Erasmus.
Cette année, c’est stafié.

Tiens, en parlant de binouze,
Je vous évoquais l’autre jour le jeter de bouteilles du haut de l’immeuble.
Apparemment ça les fait pas assez marrer.

Ils sont passés aux écrans d’ordinateur.




















Je monte au bureau principal, finaliser notre départ précipité à destination de la résidence Erasmus Hostivar, où l’on pourra payer moins pour teuffer plus.
Car ici, les gals tchèques, non contentes de participer avec zèle au concours du décolleté le plus ouvert, se baladent désormais en boxer et nano-shorts dans le hall de la résidence.
Ca devient n’importe quoi.
Vivement qu’on s’en aille ou on finira fous.

Nareg
Mercredi 10 Septembre 2008

Une semaine déjà. Nareg a monopolisé le blog et bu presque toutes les bières. Il m’a encore mis un litre aujourd’hui ! C’est à mon tour de m’essayer à l’art délicat et narcissique de parler de soi, de sa vie. Prague simple prétexte pour s’afficher ou réelle envie de partager une expérience ? Pour raconter quoi ? Qu’une semaine c’est rien, c’est vite passé, mais que l’on se sent déjà bizarrement chez nous… essayons.
Début de semaine active : ouverture de deux comptes en banque en deux jours, pas mal ! Un en couronnes, l’autre en euros, on est blindés, ou presque ! International Customer Office, une brune fine charmante avec son accent allemand quand elle parle français. On essaye de se faire le moins avoir entre les commissions de transferts, les taux de change, etc, laissez tomber c’est toujours la banque qui gagne, c’est comme au casino. On devrait y aller d’ailleurs. Y’en a partout, pire que les Mc do et les putes !

Sinon Fac, fille difforme mais adorable. Un anglais express coulé à voix basse, encore un accent allemand, dur de suivre ! Tapis rouge, elle s’occupe de tout, nous renseigne sur tout, un exemple pour les glandeurs narcoleptiques et neurasthéniques de Paris 7. Dans le même genre, poste centrale de Prague, intérieur sublime, mais « no pictures », fuck, ouverte jusqu’à minuit. Si Bernard Thibault savait ça ! A côté un Mc Do ouvert non-stop 24/7. A retenir pour les sorties de boites; 5 couronnes les chiottes ils abusent.

Recherche perpétuelle de Wi-Fi. Hotmail, Facebook, Le Monde… C’est devenu le critère numéro 1 dans notre choix des bars. Aujourd’hui café design, chic, moderne l’opposé total de la taverne traditionnelle tchèque, la pivnice. Des filles snobs jacassent et fument beaucoup, ça excite Nareg. Tentative unilatérale de clin d’œil esquissée. Des clips de rap allemand sur les écrans plats. Ambiance assurée. Des photos de clopes et de cendriers aux murs. On sédimente un peu trop au regard de la serveuse.
Soirée foot au pub étudiant. Qualifications pour le mondial 2010 en Afrique du Sud. Irlande-République Tchèque. 0-0 ; des bourrasques de pluie traversent le terrain à l’horizontal ; au bout de 75 min et 4 bières, c’est assez, on rentre. Ce stupide Barros plante tout à côté. On s’est senti supporters tchèques un instant avec l’espoir tout de même que Mexes soit resté en tribune.
23h, une clé dans la serrure, deux filles, tchèques, moi la braguette ouverte, Nareg au lit, des bières partout, un saladier sale dans la douche. Elles passent sans dire un mot. On range 2 minutes. On réalise que notre cuisine, notre frigo, notre douche et nos chiottes vous devoir être partagés. Scheiss. Il est temps que l’on aille rejoindre Hostivar, la résidence des Erasmus ! Elles se sont engouffrés dans la chambre d’à côté sans même que l’on ait le temps de bien les regarder. L’amabilité tchèque incarnée.

Demain il faut expliquer à la folle de la réception, qui m’appelle ‘Ychhhtiennne » tout le temps, que l’on veut se barrer et qu’elle nous file notre « money back ». C’est pas gagné !

Etienne

Mardi 9 Septembre, 7h52

L. de B. : E. 11,5 N. 12,5

Voilà six jours que nous sommes arrivés et déjà je me sens habitué. Les trajets vers le centre sont désormais irréfléchis, normaux. Le 177+Métro C a remplacé le 187+Rer B, la musique sur téléphone en moins, ce qui n’est pas pour déplaire. On ressent tous les deux l’étrange sensation d’être là depuis très longtemps. On se repère, on tâtonne, on reconnaît. Encore un peu et on sera presque chez nous.
Nos cours ne commençant que le 5 ou 6 Octobre on a encore un bon mois de vacances devant nous ce qui nous permet d’entretenir ce rythme qui nous est si cher, à savoir le lever à midi (sauf les matins d’indigestion comme aujourd’hui).
Ca fait quatre jours qu’il fait très beau, très chaud, et qu’on est très sur le cul.

Il y a deux jours on a décidé de visiter le grand centre commercial d’où on prend le métro pour se rendre au centre ville. Grand, moderne, très cher, rempli d’ados friqués, de gamins en kainri/skater et de gamines surexcitées. Un truc nous a marqués : ils ne se font pas la bise. Ils se « smackent » sur la bouche. Tous, ridicules durant cette demi-seconde précédant le contact, concentrés pour faire ça bien, proprement. C’est un truc que je n’ai vu que là-bas encore. J’attends de voir si les jeunes « normaux » le font aussi ou si c’est un truc à la mode que les moins de 18 ans ont mis en place.

Je suis déçu par un phénomène particulier que je soupçonne désormais d’être commun à tous les pays issus de l’ex-bloc communiste : cette volonté de s’américaniser.
Je me rappelle l’énervement que je ressentais quand, d’un été à l’autre en Arménie, les parasols Coca-Cola se multipliaient, les musiques du bled cédaient leur place dans les voitures à des chansons démodées de Mariah Carey, et les jeunes quittaient leur traditionnel pantalon à pinces + chemise pour le jean + t-shirt 2Pac.
Ici, on dirait que l’évolution a été la même, en plus moderne et plus riche.
Etienne me faisait remarquer qu’il y en avait plein qui portaient des t-shirts à l’effigie du Che.

Y’a des mecs qui n’ont décidément aucun respect pour notre discipline préférée…

D’ailleurs Etienne, ce connard, vient de battre le record de décibels par pet et a enfumé la piaule déjà à peine aérée.

Je vais me doucher. On va rendre visite à notre responsable Erasmus.

Nareg

La Motivation Première


Prague, 6 Septembre 2008

Litres de bière : E. 2,5 N. 3,5

5h54. Je profite du fait d'être debout tôt pour écrire les lignes du premier article de ce blog avant d'entamer, avec mon comparse Etienne, la seconde journée de notre long séjour à Prague.
Si comme moi vous vous demandez pourquoi je suis debout si tôt, je crois que c’est la bouffe et la bière qui se font un revival du Printemps de Prague dans mon bide. Mais Etienne est réveillé aussi. On crève de chaud dans la piaule et je lui demande pourquoi il a fermé les fenêtres, réponse : des mecs jetaient des bouteilles de bière du haut de l’immeuble et ces bouteilles atterrissaient près de nous. Puis les flics ont débarqué etc.
Moi j’ai rien calculé… Faut croire que la Staropramen fait bien son boulot.

Un petit flashback en arrière quand même, afin de vous raconter notre arrivée, nos premières heures ici.

Nous sommes Vendredi 5 Septembre, et notre avion a atterri le Mercredi 3 au soir, vers 18h30.
Sur les précieux conseils de nos prédécesseurs expatriés dont nous avions préalablement décortiqué les blogs (on vous remercie au passage), on décide de partager un minibus CEDAZ (480czk/2 ou 4 personnes) avec d’autres débarqués afin de nous rendre au centre ville pour pas cher. 120 czk/pers. , près de 5,50€, ça nous paraît raisonnable donc c’est tipar. On réussit à trouver un couple américain sympa (normal) qui s’y rend également. La fille part casser un billet dans le hall du terminal et pendant ce temps, nous discutons avec Matt, resté avec nous sur le parking près du van. Il vient de terminer ses études de droit, a profité de son dernier Spring Break (vous savez, celui du reportage qu’on a tous vu là) fait un rapide tour d’Europe car comme il dit, « Dude, this is the LAST trip ». France, République Tchèque, Monténégro (???), et Angleterre. Il lui reste apparemment quelque milliers de dollars à claquer sur son « student loan » et il veut kiffer, normal, après ça il va réaliser son « American Dream », à savoir travailler plus de 60 heures pas semaine, se faire un max de blé, et n’avoir que 3 semaines de vacances pour se reposer.

Bah, pourquoi pas après tout…

En tout cas, à l’arrivée au centre ville, le van descend sur les quais de la Vltava (l’équivalent de notre Seine à nous) et nous dépose devant une petite péniche en bois, l’hôtel de Matt et sa compagne, qui paieront donc 100€ la nuit. Ok, ça a du bon quand même « l’American Dream ».
On se dit au revoir et on se quitte sur les quais, mais on ne remonte pas dans le van, pourtant on a encore du chemin à faire.
Nan parce que nous c’est « Erasmus Dream » et payer 480czk/20€ de plus quand ça représente ton budget bouffe de 2 jours c’est juste pas possible. On se met donc à la recherche d’un moyen de transport pas cher pour nous amener à notre première résidence étudiante « Kolej Otava » à 290czk/12€ la nuit, et qui se trouve à Prague certes, mais loin au Sud.
Problème, on a grave la dalle. On s’arrête sur un pont avec nos valises, on dégaine chacun un (ou 2) guides touristiques et un plan afin de se repérer et trouver un restaurant authentique et pas trop cher pour se casser le ventre avant d’aller se reposer. On trouve donc le Pivnice (brasserie) U Svejku (une sorte de paysan pacifiste de la 1ère guerre mondiale) à 15 minutes à pied. On arrive, on se pose, on commande une binouze locale (Pilsen Urquell, recommandée par le serveur et qui s’avère être l’une des plus fameuses) et des plats « typiquement bohémiens » comme l’a si bien dit l’Allemande assise derrière nous.
De. La. Balle.
Bouffe de gros batard à base de différents morceaux de porc en sauce, patates, fromage fondu, choux d’un autre monde, et des rondelles bizarres qu’on a toujours pas compris ce qu’elles étaient (c’est con on a kiffé), en entrée du Bramborak (local, pomme de terre préparée épicée etc…, funky) avec 2 pintes de Pilsner chacun… 30 euros (dont 5 euros de pourboire, pas trop su pourquoi) pour 2 dans le centre ville, on s’est dit qu’on avait fait une bonne affaire pour un premier repas. A refaire.
Le serveur cocaïnomane nous appelle même un taxi (avec mon portable bien sûr) car il fait nuit déjà et vu notre état, avec nos valises et nos ventres, on se dit qu’il est préférable de sacrifier quelques euros de plus au lieu de galérer à trouver la résidence par nos propres moyens.
Taxi pas cher appellé, c’est tipar.
Le conducteur, après s’être pris un premier trottoir et tapé la voiture de derrière, se lance pleine balle dans le centre ville, pilotant dans les rues serrées et esquivant tramways et passants. Une fois engagés sur l’autoroute, on se dit que c’est déjà moins dangereux, y’a moins d’obstacles. Mais Fangio est un vrai. Il saigne la file de gauche et dépasse même les flics à 130.
On arrive indemnes, au pied d’un immeuble énorme nommé Volha. On paye le tacos 10euros, et on se rend vite compte, une fois qu’il est parti, qu’on est pas au bon bâtiment. Début d’une courte galère puisque rapidement, après avoir traversé un sentier et un terrain vague, on arrive 5 immeubles plus loin à notre destination : Kolej Otava.

Il est 22h30
« Ouf » de soulagement, on entre, va à la réception, engage un semblant de conversation avec la concierge qui ne parle pas un mot d’anglais à part « money money ! ». Elle nous fait descendre par les escaliers (avec les 60 kilos de valises) au 2e sous-sol en criant « Echtyenn ! Echtyenn !» (elle a kiffé sur son prénom) suivi d’un débit de phrases incompréhensibles en tchèque. Arrivés à notre chambre, la clé ne passe pas, bien évidemment… Elle remonte en nous laissant là. 10 minutes plus tard, on rigole encore du ridicule de la situation et de la concierge, puis un jeune type qu’on avait croisé rapidement dans le hall vient nous voir en nous expliquant qu’il parle un peu anglais et qu’il va donc nous aider à nous installer. Mec super sympa, on discute un peu et on remonte à l’accueil. Il nous fait découvrir l’ascenseur, pratique. On retrouve la concierge à son bureau et on communique avec le type qui traduit pour nous. On s’arrange pour le paiement plus tard en laissant un passeport en otage et on redescend avec les bonnes clés et les « Echtyenn ! ». La porte s’ouvre cette fois, et on calcule qu’on a quand même une grande fenêtre au 2e sous-sol (immeuble en biais), 2 lits propres, et même des chiottes et une douche partagées avec la chambre double d’à côté, vide pour le moment.
On demande au mec si l’on peut boire une bière dans le coin, à quoi il nous répond que oui, il y a un pub dans l’immeuble. On décide de lui payer un coup. On débarque en 30 secondes dans une sorte de taverne bon délire, on commande 3 pintes de leur meilleure mousse (Staropramen, excellente), pub étudiant : 20czk la pinte, soit 0,85 euros. Pire que ce à quoi je m’attendais.
On s’assoit, discute en anglais avec notre guide improvisé, étudiant en Théologie. Il apprend qu’on est Français, s’écrie « Ah c’est beau ! C’est très beau ! » et se met à parler notre langue. Nous à côté, on parle 3 mots de tchèque. Le mec parle quelques mots d’arabe et d’espagnol aussi. Politique, Histoire, Bouffe, Alcool, Etudes, on parle de tout et de rien en switchant entre les différentes langues.
On se dit qu’il faut en profiter et du coup on lui demande toutes les infos utiles qui nous passent par la tête. Puis on décide d’aller dormir. Philippe (le prénom du type, tout de suite moins folklo) est fatigué/bourré (un local pété au bout d’une pinte, carrément moins folklo). Il se lève à 4h30 du matin pour aller bosser pour une paye de misère et nous dit au revoir en échangeant les coordonnées et nous donne rendez-vous la semaine suivante pour un restaurant libanais dans le centre ville.

On s’allonge, on réalise ce qui nous arrive, on kiffe, et on s’endort.

Le prochain article sera moins long, c’est promis…

Genesis

Mercredi 3 Septembre 2008

Avant d’entreprendre la rédaction du premier article de ce blog, il me faut préciser le public auquel se destinent ces pages, mais également ce que ce public y trouvera.
Aux étudiants désireux de profiter comme nous du programme Erasmus pour se taper des barres, à nos potes qui vont tant nous manquer, et à ceux susceptibles pour une raison X ou Y de s'intéresser à la vie à Prague, je vous dis « Dobry dén » !

Je vous dis aussi que ce blog, comme son titre l’indique, traitera du sujet Praguois à chaud, sans pitié, et le vocabulaire y sera cru bien que la forme soignée (dans la mesure du possible). Car notre mission ici est de découvrir, de profiter, mais aussi de vous faire partager nos expériences et nos péripéties dans cette ville, qu’elles fussent agréables ou non.
Tout est bon à prendre, rien n’est à laisser.

10 mois pour visiter, 10 mois pour s’instruire, 10 mois pour se la mettre pour pas cher, 10 mois pour rencontrer des gens venant de toute l’Europe avec la même idée en tête : s’éclater.
10 mois qui, peu importera le bilan final, resteront à jamais gravés dans notre mémoire.

Et le devoir de mémoire, c’est de rentrer la tête pleine, enrichis, rendant ainsi hommage à nos parents qui nous permettent de vivre cette aventure, et qui contrairement à vous, lecteurs privilégiés, devront se contenter d’un rapport censuré de notre quotidien.
Je vous souhaite bonne lecture.
Nareg