To Je Praha






Ouais, j’écris pas souvent.

Le pire c’est que je me rappelle plus ce que je fais quand je n’écris pas.

Sans déconner, le rythme est assez dur, et couplé à ma mémoire moisie ça n’arrange rien.

J’appelle plus les potes, n’écris plus sur le blog.

En fait, c’est comme celui que j’ai laissé il y a un an maintenant. A partir du moment où ça va mieux, je n’ai plus besoin d’écrire.

Vous l’aurez compris, ce blog m’aide à garder les pieds sur terre, sauf qu’en ce moment je suis dans les nuages. Cette expérience Erasmus est tellement intense que le temps passe à une vitesse incroyable, et les évènements me dépassent, me laissant à la traîne, et par conséquent ce blog aussi. Je suis emporté par un courant de fêtes, de rencontres et de découvertes. J’ai laissé l’ennui de la banlieue parisienne pour me retrouver dans un mouvement continu que je suis machinalement et qui me satisfait pleinement. Je ne suis plus stressé, je ne suis plus inquiet pour rien, je ne me remets plus en question à longueur de journée. J’ai quitté mon domicile familial pour me retrouver quasiment livré à moi-même à 1000 bornes de chez moi dans un pays dont je ne parle pas la langue, où mes responsabilités se sont soudainement multipliées, où je mène un train de vie plus fatiguant, mais où je me sens libre, calme, et serein. De temps en temps je ressens le besoin de me ressourcer, en passant un coup de fil à mes amis ou mes parents, ou encore en écrivant un article, en lisant le Libé en ligne plus longtemps que d’habitude, en écoutant attentivement RFI dans la piaule.

Je ne suis pas nostalgique, mais alors pas du tout. Je suis heureux ici, plus qu’en France, mais je suis aussi conscient que je ne suis que de passage, que cette année est une parenthèse de ma vie, parenthèse que je n’oublierai cependant jamais, contrairement aux 12 derniers mois dont je suis bien heureux de me débarrasser petit à petit.


Vous savez maintenant ce qui se passe dans ma tête.

La suite c’est comme d’hab, la chronique.


La semaine dernière fut bien chargée.


Mardi 21 Octobre au soir, le derby HC Sparta Praha – HC Slavia Praha au Hockey sur glace, à la Tesla Arena, domicile des spartiates. Le Sparta c’est le Nord de Prague, les riches disons. Le Slavia c’est près de chez nous au Sud, plus prolo. Je me décidais donc à soutenir le menu peuple ce soir là. Présentation de l’équipe locale sur fond de composition musicale épique de Tyler Bates, entrée sur la glace de 8 mecs habillés en spartiates de 300. Le public est chauffé, moi aussi, c’est beau. La première mi-temps, je la passe dans la tribune à perpète dans laquelle j’avais réussi à nous trouver des places. Bonne vue globale mais putain ça fait mal aux yeux dès qu’on cherche à suivre le palet. On voit pas les noms des joueurs, pas les détails, c’est chiant, du coup je décide de changer d’endroit pour la 2e période (3 de 20 minutes en tout). Après avoir été abandonné par mes potes qui restèrent dans la tribune moisie, j’intègre celle des supporters du Slavia. Pour le coup, c’était nous les 300. On est en infériorité numérique écrasante devant le reste du public qui soutient son équipe locale. Devant nous s’installe le gardien du Sparta. Le mec se fait insulter pendant 2 minutes. On perd déjà 4-0 mais c’est encore le feu.

J’apprends même les chants de l’équipe avec l’aide du poivrot à ma gauche.

Les nombreuses bastons entre joueurs chauffent le public et sont les seuls moments de gloire des joueurs du Slavia, et par conséquent nos seuls moments de bonheur.

Troisième période, je repère les places libres derrière les bancs des joueurs. La vue déboite, on voit l’action de près. Au final c’est la branlée 5 à rien. En partant, tel un traître, j’achète une écharpe du Sparta dans l’un des fan-shop du Ring. La victoire est magistrale, chez eux, j’achète.

C’est officiel, les matches de Hockey, ça déglingue.



Mercredi soir, deuxième soirée au PM Club.

Jakko nous guide à travers la nuit avec ses « Tequila Boum Boum !! » (Traduction: teq paf, on a beau lui dire que ici c’est des shots simples, il ne veut rien entendre). Je commence à frotter une Tchèque giga bonne mais que mes potes appelaient « la chauve », apparemment elle avait pas la chevelure épaisse. Je crois honnêtement avoir eu une chance un moment, mais dans un gracieux geste de danse, je tapais dans sa bière, la renversant entièrement sur mon jean (qui fouette toujours d’ailleurs) et sur le sien. Du coup c’était mort, bien que je lui en ai payé une autre pour me faire pardonner. Mal au crâne, une bonne marche sous la pluie au retour me le refroidit comme il faut.



Jeudi soir, je sors avec les chypriotes en ville.

On va au Aloha Cocktail Bar dans le quartier de Josefov, je voulais le tester depuis longtemps. On est rejoint par Jakko, Fred, Mathilde, Rob, puis plus tard par Elisabeth, Alona, et Mirka.

Ca s’alcoolise, vole des plateaux de bouffe au buffet à côté. Bien pété, je m’embrouille avec l’un des serveurs, ce fils de pute qui me pousse deux fois au lieu de me demander simplement le passage. Fred et Jakko nous séparent, ironique étant donné ce qui suivra. Les potes paient les tournées de tequila pour oublier. Après avoir raccompagné Mirka chez elle tel un -je cite- gent, je rejoins les autres au Chapeau rouge. Les rescapés sont Fred, Jakko Alona et moi. On reste pas au final. Après avoir trippé sur le mec déboité qui sort sa bite normal devant la sortie, qui pisse au milieu de tout le monde et se casse la gueule dans le caniveau avant de se faire jeter plus loin par le videur, on va sur Staromestskè Namèsti, la place de la vieille ville.


Elle est déserte.


Ceux qui ont déjà été à Prague savent à quel point c’est une scène surréaliste, puisqu’elle est constamment envahie par les touristes de jour, et de déchets ambulants la nuit. Là, je taxe des chaises aux restaurants fermés, on s’assoit au milieu de la place pour profiter de la vue.

10 secondes après avoir pris la photo, Jakko veut poser son cul avec nous mais une main inconnue tire sa chaise et il manque de tomber.

Attention scène triste.

Saucé par la tise, Jakko saute sur ce qui se trouvait être le vieux de la Sécurité Municipale et lève son poing en menaçant de le frapper. Papy recule mais retrouve ses couilles, sort une matraque télescopique et donne un gros coup sur le bras du finlandais, qui perd son équilibre et se casse la gueule dans une flaque d’eau. Le temps de me remettre du ridicule de la scène, je cours avec Fred pour limiter les pertes. On est morts de rire, essayant de faire comprendre à notre pote que c’est pas bien de taper les vieux qui font leur taf.

Finalement on rentre sains et saufs à Hostivar.


Ce soir là, autour de la table, on réalise que le WE va être long. Le Mardi 28 Octobre est férié en République Tchèque (je sais pas encore pourquoi d’ailleurs). N’ayant pas cours les Vendredis et Lundi, ça nous fait cinq jours de libre.


Lorsqu’on a pour domicile temporaire la ville carrefour d’Europe centrale, week-end de cinq jours rime logiquement avec voyage.


Les voisines chypriotes me proposaient depuis quelques jours déjà de faire un petit trip express dans l’une des nombreuses capitales nous entourant.

Ce soir là donc, on décide de saisir l’occasion et de partir pour Berlin avec Elisabeth, Etienne, Paul, Jakko, Alona, Georgia et Elena.

Vendredi soir à minuit, après une journée repos, on achète nos billets à la gare centrale de Prague, d’où on prendra le train 8 heures plus tard, le lendemain matin.

Au passage j’apprends que ce soir là, ma chère finlandaise a fini dans les bras d’un roux à lunettes, ce qui me blase, et je décide d’aller boire un coup avant de pioncer.

Mais mes potes, ces bâtards, me lâchent car ils veulent « bien dormir avant de partir ».

Je réfléchis. Il est minuit et demie, il fait pas beau, ça va être dur de trouver quelqu’un.

Mais il y en a un qui sera surement opé. Un coup de fil devrait suffire.


- Hey Micha what are you doing man?

- My laundry

- At midnight?

- Yeah I finally got the key (j’vous avais dit que la lessive c’était la mission à Hostivar)

- I’m bored, wanna go for a drink?

- Sure

- Is the casino behind Hostivar still open?

- I think so

- Alright meet me in the hall in 5’.


En voilà un sur qui on peut compter.

La lessive tourne, on va boire un verre.

Entre deux pintes, je teste pour la première fois la Becherovka. Sucré au début, amer par la suite, le shot (verre ?) passe bien.

Je chauffe, je me décide à rentrer mais il veut continuer (putain de slovène), il veut « rentabiliser la sortie » me dit-il. Je réussis à le convaincre après 2-3 verres de plus et on rentre finalement vers 3h30.

Sa race, faut encore faire la valise.

Réveil à 6h. Je suis encore allumé. Firefox > Youtube >Tata > Anapati aziz arev = zik du bled à fond dans la piaule.

Etienne souffre et essaie de me faire baisser le son « pour la voisine ».

Finalement on rejoint les autres. Direction Hlavni Nadrazi pour prendre le train.


La suite, c’est l’article en dessous.

Berlin





Durant le voyage de 5 heures, on profite du paysage. Au wagon-bar, on découvre la Franziskaner, une Weissbier délicieuse.
On paie en euros, ce qui ne m’était pas arrivé depuis presque deux mois maintenant.
C’est marrant 5 minutes puis on réalise qu’on douille à chaque pinte.

Le train passe par Dresden après avoir suivi l’Elbe. Le Fleuve perce la verdure et longe les reliefs rocailleux. Le paysage est magnifique et Dresden s’impose dans ma liste des destinations à visiter.

Vers 14h, on arrive enfin.
Paye ta gare de bâtard. Un vrai centre commercial sur 3 étages.
Le truc qui tape à l’œil direct, c’est le joli petit logo orangé BK.
Je le savais pas, mais il y en a en Allemagne, je suis heureux.

A l’arrivée, on est accueillis par la cousine de Georgia. La meuf, censée connaitre Berlin puisqu’elle y habite depuis deux mois maintenant, nous fait tourner en rond 30 minutes dans la gare avant même de prendre le U-Bahn pour aller à l’auberge.
Après un petit arrêt à Potsdamerplatz, on s’installe chez nous, au Three Little Pigs.
Le soir on se fait la porte de Brandebourg, le Reichstag, on longe la Spree jusqu’à Friedrichstraße.




On se fait un BK.


Jouissance.

Le soir, on va au Tacheles, un squat d’artistes sur cinq étages dont deux sont aménagés en bar.

A l'entrée, on nous tamponne.

On se pose au 3e. De la tech minimale, ça passe petit à petit à l’electro. Des potes qui étaient partis de leur côté nous rejoignent. Ils ont un peu de mal au début, la fatigue nous disent-ils. La combinaison universelle pintes+shots nos remet tous en forme.











On rentre au petit matin, bien claqués après une journée de voyage, visite, et teuf.

Le lendemain, après un coma collectif, on remet ça. On bouge au centre de Kreuzberg, dans le quartier des Turcs, où l’on sera certain de trouver un kebab digne de ce nom.
On en prend 2 chacun au final.
Nan parce que à Prague y’a que celui d’Andèl qui mérite la dénomination Döner. Les autres c’est Dömer.
L’après-midi, direction Alexanderplatz, visite de la tour de télévision, point culminant de la ville.
Ca débite des saloperies sur toutes les pétasses qu’on croise.
Et putain qu’est-ce qu’on peut croiser comme pétasses dans une tour télé…
D’ailleurs dans cette même tour télé, on relève une odeur bizarre, familière mais dérangeante.
Je me tourne vers Paul, lui lâche un « tu trouves pas que ça sent la chatte usagée ? » auquel il me répond par un « mais nan, ça sent le foutre ».

A la fin de la visite, les chypriotes nous disent la même chose.
On sait pas trop ce qu’il s’y passe dans cette tour.
En tout cas la vue fut belle. Bon, ça vaut pas un Empire State mais c’est déjà bien.
La nuit tombe le temps de redescendre avec l’ascenseur.

On bifurque pour visiter la Gedachtniskirsche, l’Eglise mutilée par les bombardements alliés, un des seuls vestiges de la ville à avoir survécu à la seconde guerre.

A son pied, plein de petits stands vendent des Wurst à toutes les sauces et des grillades et choucroutes alléchantes. Mais on est plus à Prague, et 4,5€ c’est cher.
On se paie quand même une chti’te Wurst allez.

Tiens en parlant de Chti’s…

On tombe par hasard, non loin de là, sur le Musée Erotique.
On n’a pas trouvé le musée mais on a bien rigolé dans le sex-shop géant en tout cas.




Plus je visite l’Europe, plus je me rends compte à quel point la France est pudique. Je ne sais pas d’où les Français tiennent leur réputation de dévergondés mais putain ils sont minables ne serait-ce que comparé à Prague, et Berlin j’en parle même pas.

On finit dans un premier bar dont on est les seuls clients puis 5 mètres plus loin après avoir slalomé entre les putes de Oranienburger Straße, on se fumer un narguilé en s’éclatant à coup de cocktails.
Le Dimanche soirs, ni le S-Bahn ni le U-Bahn ne tournent. Du coup 1h de marche jusqu’à l’auberge.
Bah, on décuve.
Le lendemain, on fait la visite Alternative Berlin organisée à 11h du mat. Le réveil est difficile mais ça passe. Notre guide nous emmène dans les quartiers méconnus des touristes, nous explique l’histoire du Street Art omniprésent à Berlin.

On marche plus de 6 heures puis on va se faire un kebab.
Le soir, on fait la suite de la visite à savoir le Pub Crawl organisé chaque soir par la même association.
5 bars différents. Un roots, un avec une table de ping pong au milieu avec des tournantes de 20 personnes bourrées avec une raquette à la main, celui gothique du groupe Rammstein où je trouve le sosie de Kurt, un autre insignifiant, puis un à la déco assez spé et indescriptible si ce n’est pour l’énorme portrait de David dur le mur.

Les organisateurs payent leur bouteille d’absinthe dans la rue.
C’est pas l’absinthe espagnole ; celle-là décape la gueule.
On finit dans une boîte présentée comme gay (bien qu’on n’en ait pas vraiment vu). Le son déboîte mais une partie de nos potes rabat-joie décide de partir car trop fatigués, et vu que ce sont des gonzesses, on les raccompagne. Arrivés à l’auberge les autres montent, avec Etienne on se fait quelques parties de Billard dans le hall sur fond de Mauvais Œil de Lunatic, que passe le réceptionniste aux origines françaises.

Le lendemain, on doit prendre le train à 16h45 pour Prague. On retourne au quartier turc prendre un Shawarma libanais et un Döner, après quoi direction la East Side Gallery, le morceau le plus long du Mur ayant survécu.

On le longe sur un kilomètre en admirant les fresques magnifiques peintes et repeintes au fil des années.


Ensuite direction le mémorial de la Shoah, impressionnant et très propice au jeu. Je n’ai vu personne le traverser avec le visage triste, et c’est franchement plus plaisant comme ça.


On est dans les temps, on part prendre le train à la Hauptbahnhof, la gare centrale.
En avance, on se prend un dernier BK pour la route, et on rentre à la maison, à Prague.
Car oui, Prague est désormais ma maison, je le ressens pour la première fois.