Le Hall d’Hostivar.
J’en garderai des souvenirs cocasses.
Entre l’armée d’étudiants qui Skypent en attendant la fin du câblage Ethernet des chambres, ceux qui roulent des joints à la nique, les troupes Erasmus qui sortent éméchées à 1h, le gardien invisible de 70 piges qui te crie dessus quand t’es bourré et que tu fais du bruit, et les réceptionnistes que t’as envie de taper, cet endroit est une incarnation du « Bordel » dont parlait notre cher Xavier.
C’est ici que je rédigerai cet article.
La chambre m’a saoulé. Voilà près de deux jours que je n’en suis pas sorti.
Aujourd’hui, j’ai fait une lessive qui aura monopolisé 3 heures de ma journée…
Les vêtements mouillés sont pendus partout dans la piaule à défaut de pouvoir emprunter l’étendoir déjà utilisé.
Le rythme s’est soudainement ralenti en cette fin de semaine et il va falloir se pressionner pour casser cette vibe néfaste.
Demain j’emmène l’une des russes au Zoo.
C’est tellement triste à écrire comme ça…
Elle m’a facilité la tâche. Durant notre conversation je me demandais ce que j’allais bien pouvoir lui proposer comme plan lorsque la question finale tomberait.
D’emblée, elle me proposa le Zoo.
Pendant que je vous écris, elle ondule sur la piste du Mecca, l’une des boîtes branchées au nord de la ville, tandis que moi je suis en short et tongs dans ce hall moisi au décor semi-soviétique et aux odeurs de clope froide.
Putain mais quand suis-je devenu vieux ?
Mirka vient de rentrer dans le hall, les joues rougies par le froid. Fatiguée, elle me fait un sourire, joint ses deux mains en les portant sous son oreille pour me faire comprendre qu’elle est fatiguée et qu’elle va se coucher tout de suite. Un dernier geste pour dire au revoir et elle quitte déjà le hall, se dirigeant vers notre ascenseur. Je la regarde monter, impuissant, sachant que si j’essaie de la retenir je serai grillé.
Mirka est finlandaise. Elle habite à notre étage et je ne la connais que peu. Hier soir elle est restée assez tard dans notre chambre en compagnie de sa coloc Elisabeth, française, à débattre des différents systèmes scolaires français. On a pris le thé, craché sur Darcos, et c’est là que j’ai calculé qu’elle me plaisait. Un peu ronde, rousse aux cheveux lisses, elle n’est pas du tout mon type mais me charme d’une manière différente, plus intéressante disons.
Mais voilà,
Now what ?
La résidence de Hostivar est un nid de frustration cyclique.
Chaque fois que l’on rencontre un mec ou une fille avec qui on s’entend plus que la normale, avec qui l’on se lie d’amitié, ces personnes partent vivre dans un appart près du centre, et sont souvent remplacées par d’autres toujours plus décevantes.
Comme nos voisines d’en face, les hollandaises, dont la chambre est désormais occupée par une jolie grecque et son mec le bucheron. Ou encore Jaakko qui nous quitta la semaine dernière après avoir visité la moitié des apparts de la ville, ses « Camôôôn » (come on) ne nous ont jamais autant manqué. Ou Katharina, notre amie et voisine allemande qui s’en est allée vivre avec une asiatique qui, contrairement à nous, disposait d’un rice cooker.
Citons aussi Tiina, une autre finlandaise, petite mais avec une plastique de rêve, et dont la vue en tenue de jogging était l’un des moments forts de la journée. Quant à Mirka, elle part aussi.
Mais il nous reste notre cher Goulven, et aussi Mathilde, notre nouvelle voisine originaire de Bordeaux, avec qui on passe la plupart de notre temps libre désormais, et qui nous régale de son accent du Sud-Ouest.
D’ailleurs Mathilde aussi va partir. Mais elle va peut-être nous emmener avec elle. La maison dans laquelle elle va louer une chambre dispose d’un appartement séparé que nous allons essayer d’investir. Le rendez-vous est pris pour Lundi. On va enfin pouvoir vous accueillir dignement, on espère.
L’autre soir on a finalement trouvé par hasard le Chapeau/l’Enfer Rouge, dont on avait tant entendu parler.
C’est un bar à tester absolument, pour tous ceux qui cherchent une scène alternative pour la soirée ou la fin d’après-midi.
Comme la plupart des autres établissements tchèques, il dispose d’un sous-sol largement supérieur à la surface émergée, sert une bonne pression à pris correct, mais se détache de ses semblables en se posant comme une sorte de coffee-shop où, à n’importe que moment de la journée, on peut demander service à un type debout dans un couloir dont les deux extrémités sont gardées par ses collègues dont les yeux brillants trahissent la discrétion.
Le mieux étant que les clients peuvent rouler leur pétard et le calciner sur place.
Ainsi nous avons pu trouver la verdure qui nous faisait tant défaut.
Et quelle verdure !
Mais revenons encore en arrière, à la Semaine d’Orientation dont je vous parlais la dernière fois.
Concrètement ce fut un enchaînement de visites (mal) guidées de la ville, de virées dans des musées sympas, de bars organisés et de sorties massives en boîte.
A cela s’ajoutent les Floor Parties.
Une floor party, c’est une teuf improvisée dans le couloir de l’étage d’un immeuble donné.
C’est un gros bordel où tout le monde se pète le crâne en attendant que quelqu’un prenne l’initiative de guider la troupe dans une boîte où un endroit où tout ce beau peuple pourra laisser s'exprimer l’excitation accumulée par l’alcool en se crevant sur une piste jusqu’au petit matin.
Il y a deux semaines, lors de la première floor party digne de ce nom, je fus cette personne, un peu malgré moi il faut l’avouer.
Avec Mathilde et Katharina, nous avions initialement prévu de passer la nuit au Cross Club (que nous n’avons toujours pas testé d’ailleurs), autre club mythique de la capitale car lieu réputé alternatif et original. Finalement, en feuilletant les pages d’un agenda évènementiel, je tombais sur une soirée Drum'n Bass au Roxy Club, où allaient se produire deux excellents trios de DJs, Aquasky et Noisia.
Changement de programme donc.
Pis vint la floor party improvisée par les espagnols et les portugais, et qui aboutit à l’expédition d’un groupe de 30 étudiants allumés me suivant aveuglément vers la suite de la soirée.
Mission réussie, avec brio.
Les DJs mirent le feu en maniant le vinyle à la perfection, la soirée fut excellente pour tous et l’on rentra tant bien que mal sous l’œil des locaux dont la journée ne faisait que commencer.
Suivirent d’autres soirées, notamment une virée au Karlovy Laznè.
Le Karlovy Laznè c’est la boîte autour de laquelle plane le doute.
Personne n’arrive à se mettre d’accord afin de savoir si elle est composée de 4, 5, ou 6 étages, mais tout le monde dit que c’est de la balle.
J’allais enfin avoir l’occasion de casser le mythe.
Ou plutôt j’ai cru.
Samedi dernier, mon pote slovène Micha me convainc de le rejoindre en courant à l’arrêt de tram en bas de la résidence. Le tram de nuit part dans 13 minutes, il est accompagné de 5 filles dont 2 allemandes et une hollandaise over-sympathiques, je DOIS le rejoindre me dit-il.
Il avait raison le bougre. Le jeu en valait la chandelle.
Un coup de gel rapide et j’attrape la bouteille de Vodka Boris Eltsine (véridique) fraîchement achetée dans la journée, en prévision d’une éventuelle soirée.
J’arrive juste à temps et l’on s’embarque dans le tram.
Boris tourne sec, et même les filles qui avaient du mal au début se laissent envahir par l’esprit du défunt.
On arrive 45 minutes plus tard, on planque la bouteille dehors, on rentre dans la boîte.
C’est Samedi soir, c’est blindé, mais ça balance sévère.
On se balade entre les différents étages en attendant d’en trouver un qui fasse l’unanimité (qui plaise aux filles quoi). Une fois que le son plaît, on se cale sur le beat pendant que Micha ou moi allons chercher de quoi nous désaltérer.
Je suis à sec, zéro thune en poche, mais la pression coule à flots. Micha, non content d'avoir payé mon entrée et mon vestiaire, enchaîne les tournées. On switch entre les différents étages mais très vite je ne fais plus la différence. J’ai voulu tester le slovène mais j’ai perdu. Il est raide aussi, mais je suis bien plus loin. Les filles ont depuis longtemps arrêté de boire mais cette fripouille des balkans me pousse à le suivre.
Ce qui s’avèrera être une erreur stratégique.
Ne jamais tester un slovène de 24 ans qui part boire, seul ou accompagné, une dizaine de bières quotidiennes en moyenne, et passe à la Becherovka (on y reviendra un autre jour) une fois la nuit tombée. Tous les jours.
Vers 4h30, on décide de rentrer. Les filles sont fatiguées, nous aussi. Elles nous complimentent sur le fait que l’on reste attentifs envers elles malgré notre état. Au passage, on essaie de récupérer notre pote Boris mais celui-ci a disparu.
Du moins c’est ce qu’on en a déduit, faut dire qu’on avait la flemme de chercher aussi.
Près d’une heure plus tard, nous sommes presque arrivés.
Mais je suis au bout du rouleau.
Il est temps d’assumer.
Entre les deux derniers arrêts, après avoir annoncé mes intentions à mon comparse de l’Est, je me retirai vers les marches du fond du tram, m’asseyais, et en me penchant légèrement me libérai de la plus-value qui m’encombrait tant depuis que nous avions quitté le Karlovy Laznè.
Je mis ainsi fin à une trêve de 4 ans durant laquelle l’alcool ne m’avait pas fait déglutir, et par la même occasion m’attirai la sympathie et la compassion des filles qui nous accompagnèrent ce soir là, mais du faire, malgré moi, une croix sur tout autre éventualité.
Le pire dans tout ça, c’est que je saurais toujours pas vous dire combien d’étages il y a dans cette putain de boîte.
Il est 3h du matin. Les deux chypriotes de mon étage rentrent dans le hall.
La Tequila a fait son effet, ça saute aux yeux. Elles étaient parties vers 14h, participer à une partie de poker organisée par d’autres hellènes, puis devaient finir la soirée dans un endroit propice à la débauche.
On discute, on rigole un bon coup (surtout moi), puis je décide de terminer la rédaction de cet article qui semble interminable et de prendre avec elles l’ascenseur qui nous mène à notre 7è étage.
Il me reste beaucoup de choses à la con à vous raconter, aussi je ferai un effort afin de mettre à jour plus fréquemment cette page. Là je vais dormir, car demain c’est Zoo.
Nareg